Mance Lanctôt

Kullu-demarche

Démarche artistique

Traditionnellement réservé aux bourgeois et aux biens nantis, aux gens importants et à leur famille, le portrait était une marque du statut social. Je poursuis cette fonction sociale, mais paradoxalement, j’ai choisi de l’aborder en faisant poser les inconnus, les oubliés, les inaperçus.

Rapidement, dans mon travail artistique, j’ai compris que ma seule motivation était l’image que je me fais de l’Autre. De la résonnance esthétique provoquée chez moi par l’Autre. La diversité et l’altérité sont les concepts qui activent au-delà de l’objet-tableau, le sens d’un vivre-ensemble, le dialogue nécessaire entre les cultures et les imaginaires. Avec mes sujets et mes pairs, j’ai besoin de cette rencontre, d’entrer dans cette relation féconde et belle qui me grandit. J’apprends à voir l’essentiel, tentant ainsi de mettre en échec l’infini bavardage humain. Certaines particularités des personnages que je peins sont extrêmement détaillées et d’autres, inachevées. Les contextes n’ont pour but que de soutenir formellement le personnage. Le polyptique à 13 personnages que j’ai produit après ma résidence d’artiste à Inukjuak, au Nunavik, ne comporte en guise de contexte qu’une ligne d’horizon unique de graphite et de poudre d’acier reliant les individus en une même terre symbolique. Dans mon dernier corpus, portant sur les Inuits de la baie d’Hudson, j’ai intégré aux portraits peints à l’acrylique les poudres de minéraux tellement convoités de leur territoire : le graphite, l’aluminium, l’argent, le cuivre, le zinc et l’or. Ces poudres, mélangées à du polymère acrylique, ont été ensuite frottées et sablées, créant des finis de pierres micassées. La toile de lin est restée nue dans les zones que je qualifie de vulnérables, plusieurs éléments sont demeurés inachevés, je tends à raconter une bribe d’histoire de la traversée humaine, à m’y inscrire.

Pour mon modèle, se laisser observer, entrer en lui-même dans une méditation profonde où son corps demeure vigilant tout en étant immobile, tout en étant le centre, le sujet d’une œuvre, est une expérience dont il ne ressort pas sans avoir pris et donné. Ma matière première, c’est cela, c’est ce don. En peignant, je cherche à rendre avec justesse sa vérité, son authenticité, sa vulnérabilité. Je tends à m’inscrire dans l’actualisation picturale du retour en force de la gestualité et de la virtuosité technique, du savoir-faire retrouvé.